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Institut d’Hypnose Thérapeutique

Hypnose

Calmer l’anxiété : apprivoiser un futur que l’on ne contrôle pas

Denis Jaccard · vendredi 7 juin 2024 · mis à jour le jeudi 22 octobre 2026 · 7 min de lecture

Pourquoi l’anxiété nous concerne toutes et tous, comment le cerveau entretient le cercle de l’anticipation, et ce qui aide à apprivoiser un futur que personne ne contrôle : le présent, le corps et l’état hypnotique.

Un soir de mai 2024, j’anime un webinaire consacré à l’anxiété. En pleine explication, le son se coupe. La connexion revient, je reprends. Je ne savais pas ce qui allait se passer dans les trois minutes suivantes. Je ne le sais jamais, d’ailleurs, et ce soir-là je le vivais plutôt sereinement : j’avais confiance dans ma capacité à improviser, et dans la compréhension des personnes présentes.

Pour une personne qui vit avec une anxiété intense, cette même incertitude peut être effrayante. Ne pas savoir ce qui va arriver dans trois minutes, dans trois jours, dans trois ans. C’est de ce futur inconnu que j’ai envie de vous parler, et de la manière de l’apprivoiser.

Une anxiété que nous partageons toutes et tous

Votre cerveau a une mission, la même chez tout le monde : assurer votre survie. Je décris ce mécanisme dans l’article « Hypnose : ce qui se passe vraiment dans le cerveau ». À cette mission s’ajoute une particularité humaine : un cortex préfrontal particulièrement développé, qui nous donne une conscience très fine du futur. C’est un atout : grâce à elle, nous faisons des projets.

Et ce futur est inconnu. Il peut apporter de belles surprises, et aussi un accident, une séparation, une maladie. Face à lui, nous sommes toutes et tous impuissants. Pour un cerveau dont la mission est la survie, cet inconnu est un danger.

Voilà pourquoi je considère l’anxiété comme l’indication que votre cerveau fonctionne correctement. Ce qui varie d’une personne à l’autre, c’est son ampleur, son intensité, sa fréquence. Et la manière d’imaginer le pire : certaines personnes imaginent tout perdre, d’autres se retrouver seules, d’autres encore tomber malades. Chacune et chacun le fait à travers sa propre paire de lunettes, une image que je développe dans l’article « Pourquoi l’hypnose ericksonienne aide à changer quand la volonté ne suffit pas ». La différence entre la peur et l’anxiété, je la présente dans l’article « Comment se déroule une séance d’hypnose, étape par étape ».

Je ne suis pas le seul à placer l’inconnu au cœur de l’anxiété. En 2016, le psychologue R. Nicholas Carleton, de l’université de Regina, au Canada, a passé en revue les travaux consacrés aux peurs que l’on considère comme fondamentales. Il avance que la peur de l’inconnu pourrait être l’une d’elles, peut-être celle sur laquelle reposent toutes les autres. C’est une hypothèse, encore discutée, et elle rejoint ce que j’observe en séance depuis 2003.

Le cercle de l’anticipation

Puisque votre cerveau ne peut pas contrôler le futur, il fait ce qu’il sait faire : il l’anticipe. Et il n’imagine pas que tout va bien se passer. Il imagine les pires scénarios. Non pour se faire peur : pour être prêt, et que rien ne le surprenne.

Seulement, ce que vous imaginez revient vers votre cerveau comme une information réelle. Le scénario catastrophe déclenche la peur, la peur augmente le sentiment d’insécurité, et l’insécurité pousse le cerveau à anticiper davantage. Le cercle se referme, et il tourne de plus en plus vite.

Le cercle de l’anticipation : le futur est inconnu, je ne peux pas le contrôler ; mon cerveau anticipe, il imagine le pire pour être prêt ; ce qu’il imagine revient à lui comme une information réelle ; la peur monte, l’insécurité grandit, et mon cerveau anticipe encore davantage

Quand l’anxiété s’installe dans la durée, chaque seconde qui avance vers le futur peut sembler porter un danger. J’ai accompagné des personnes qui ne sortaient presque plus de chez elles, et qu’une personne de leur entourage devait accompagner jusqu’à mon cabinet. Le mécanisme est le même que celui de l’anxiété la plus ordinaire. Il s’est simplement amplifié.

Quand la volonté entretient le cercle

Les personnes que je reçois veulent souvent se libérer de leur anxiété, et c’est légitime. Et pourtant, plus elles y mettent de volonté, plus l’anxiété augmente. Ce n’est pas un manque d’effort. Je ne peux pas décider de ne plus avoir peur : ma volonté consciente n’a pas d’accès direct à la zone de mon cerveau qui déclenche la peur. Elle agit par un détour. Ce que je me dis, la manière dont je me représente la situation, revient vers cette zone comme une information nouvelle, et la peur peut s’apaiser, ou s’emballer.

« Je ne veux plus y penser » est déjà une pensée, et elle rappelle au cerveau ce qu’elle voudrait écarter. Vouloir contrôler le futur nourrit le cercle de l’anticipation : plus je cherche à le contrôler, plus j’imagine ce qui pourrait m’échapper. Chercher un coupable, enfin, à son histoire, à une personne, à la vie, ne soulage pas. Cela ajoute souvent de la colère à l’anxiété, et le futur reste tout aussi inconnu.

Deux sens pour une même réalité

Le futur est inconnu, et nous sommes impuissants à le contrôler. Personne ne peut changer cette donne. Ce qui peut changer, c’est le sens que nous lui donnons.

Je peux la considérer comme une menace, au point de ne plus avoir envie de sortir. Je peux aussi la considérer comme une invitation à profiter du présent, à devenir plus souple, plus créatif, à improviser avec ce qui arrive. Ce soir de mai, c’est cette confiance dans ma capacité à improviser qui rendait la coupure supportable. Je ne savais pas ce qui allait se passer. Je savais que je trouverais comment faire avec.

Cette seconde manière de vivre l’inconnu ne s’impose pas par la volonté. Elle s’apprend, comme le reste, et votre cerveau sait apprendre.

Le corps, ancré dans le présent

Notre esprit voyage sans cesse entre le passé et le futur, et projette parfois l’un dans l’autre. Le corps, lui, ne vit que dans le présent. Ce que je ressens dans mon corps, c’est ce qui est là, maintenant. Et le présent est le seul moment où j’ai du choix : le passé est écrit, le futur m’échappe.

L’hypnose et la méditation reposent toutes deux sur un état modifié de conscience, comme je l’explique dans l’article « Hypnose ou méditation : quelle différence ? ». Dans ma pratique, je les associe souvent, et j’y engage le corps. Pour moi, cet état aide le cerveau à apprendre une nouvelle manière de vivre la même réalité.

Une expérience : savoir que l’on ne sait pas

À la fin de ce webinaire, j’ai proposé une expérience, sur une musique que j’avais composée pour l’occasion. J’y avais glissé des sons inattendus, à des moments que personne ne pouvait prévoir. Moi non plus, d’ailleurs : je ne me souvenais plus où je les avais placés. Voici une manière de la vivre chez vous, avec les sons qui vous entourent :

  1. Asseyez-vous, ou restez debout, les deux pieds posés au sol
  2. Pressez progressivement un pied contre le sol, tenez la pression quelques instants, puis relâchez-la lentement, en gardant le contrôle. Trois fois, puis avec l’autre pied
  3. Posez vos mains et laissez vos doigts bouger, même par de tout petits mouvements
  4. Gardez en vous une intention : explorer comment il est possible de savoir que le futur est inconnu, et de rester stable, ici, maintenant
  5. Quand un son ou une pensée vous surprend, remarquez-le avec curiosité, puis revenez à vos pieds et à vos doigts

Vous n’avez pas besoin d’y croire. Qu’une part de vous doute, c’est naturel. Vous pouvez rester curieuse ou curieux, avec votre doute. Et comme pour réapprendre un mouvement après une blessure, c’est la répétition qui aide le cerveau à apprendre un nouvel équilibre : il m’arrive d’enregistrer une séance pour que la personne puisse l’écouter régulièrement.

Cette expérience est une invitation, pas un soin. Quand l’anxiété envahit le quotidien, en parler à un médecin reste important : l’hypnose ne remplace pas le diagnostic médical.

Pour les praticiennes et praticiens

Accompagner une personne anxieuse, ce n’est pas lutter avec elle contre son anxiété. C’est l’aider à trouver, dans son corps et dans le présent, assez de stabilité pour vivre avec l’inconnu. Si vous accompagnez des personnes, c’est ce que j’enseigne dans la spécialisation intitulée « Phobie, Peur & Anxiété ».

Le futur restera inconnu, pour vous comme pour moi. Qu’est-ce qui vous aide, aujourd’hui, à rester stable face à ce que vous ne savez pas encore ?

Sources

  1. R. Nicholas Carleton, « Fear of the unknown: One fear to rule them all? », Journal of Anxiety Disorders, vol. 41, 2016, p. 5-21

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