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Institut d’Hypnose Thérapeutique

Hypnose

Qu’est-ce que l’hypnose ericksonienne ?

Denis Jaccard · mardi 28 janvier 2025 · mis à jour le jeudi 22 octobre 2026 · 14 min de lecture

Presque tout le monde a entendu parler de l’hypnose, très peu de personnes savent comment elle fonctionne. Relation, communication, état hypnotique : j’en pose les bases, et ce qu’Erickson y a apporté.

Faites un petit sondage au café du coin. Qui a déjà entendu parler de l’hypnose ? Presque tout le monde. Et de l’hypnose ericksonienne ? Déjà beaucoup moins. Demandez ensuite comment l’hypnose fonctionne. Les réponses seront nombreuses, souvent un peu mystérieuses, parfois inspirées d’une émission de télévision. Et très peu de personnes sauront vous le dire concrètement.

C’est à ces deux questions que j’ai envie de répondre ici : qu’est-ce que l’hypnose, et comment fonctionne-t-elle ? Je laisse d’abord de côté ce qui est propre à l’approche ericksonienne. Elle prendra tout son sens une fois les bases posées.

Trois ingrédients pour qu’il y ait hypnose

Pour qu’il y ait hypnose, trois éléments sont nécessaires, en même temps : une relation, une communication, et un état hypnotique.

Une relation

Il n’y a pas d’hypnose sans relation. C’est vrai même dans la rue. Imaginez un hypnotiseur qui fait son numéro sur une place. Je passe à côté de lui, il m’interpelle : « Monsieur, venez faire une expérience ! » Je ne m’arrête pas, je ne me retourne pas, je continue mon chemin. Il ne pourra pas faire son numéro avec moi, parce que je ne lui ai laissé aucune possibilité d’établir une relation.

Une communication

La relation ne suffit pas. Au sein de cette relation, il se passe quelque chose de plus : une communication. J’aime répéter que l’hypnose n’est que de la communication. Dans mon cabinet, je n’ai aucun accessoire. Deux fauteuils, face à face, et ma capacité à communiquer. J’ai d’ailleurs choisi des fauteuils aux pieds assez courts pour que chaque personne, même de petite taille, puisse poser les deux pieds au sol. Les hypnotiseurs d’autrefois utilisaient un pendule : c’est un accessoire, et il n’a rien d’indispensable.

Communiquer, c’est parler, et c’est aussi écouter. Cette double capacité fait qu’il y a échange entre deux êtres humains.

Un état hypnotique

Nous sommes souvent en relation, nous échangeons et nous communiquons, sans qu’il y ait hypnose pour autant. Il manque un troisième ingrédient : l’état hypnotique, que l’on appelle aussi état modifié de conscience. C’est un état neurologique, dans lequel notre cerveau peut se trouver naturellement et spontanément, aussi naturel que l’éveil ou le sommeil.

Il y a donc hypnose quand, au sein d’une relation, une communication particulière permet à une personne d’entrer dans l’état hypnotique, et d’utiliser cet état. Que l’on parle de séance d’hypnose ou d’expérience hypnotique, le principe reste le même.

Et quand on est seul ?

Les trois ingrédients restent les mêmes en autohypnose. La relation, je l’établis avec moi-même, et c’est avec moi-même que je communique.

Je m’installe dans une position confortable, en déconseillant la position couchée, qui augmente la probabilité de s’endormir. Et le sommeil n’est pas l’état hypnotique : ce sont deux états neurologiques différents, et en glissant dans le sommeil, on quitte les bienfaits de l’état hypnotique. Je choisis donc une posture qui demande à mon corps et à mon esprit de garder une forme de présence. Si je commence à m’endormir, ma tête tombe, et ce mouvement me le signale.

Rien ne m’oblige à me détendre, ni à faire le vide dans ma tête. Il est possible d’entrer dans l’état hypnotique en restant crispé, et en ayant des pensées. Quand je pratique l’autohypnose, je me parle intérieurement, et c’est cette communication avec moi-même qui me guide dans l’expérience. J’ai consacré à ces idées reçues un article, « Hypnose : ce qui se passe vraiment dans le cerveau ».

Un état que l’on peut observer

L’état hypnotique n’a rien de paranormal. Il s’observe. L’électroencéphalogramme mesure les ondes produites par l’activité du cerveau. Pour moi, quand une personne entre dans l’état hypnotique, ces ondes ralentissent : elles se situent le plus souvent entre celles de l’éveil et celles du sommeil, dans les familles que l’on appelle alpha et thêta. L’imagerie montre aussi que l’activité de certaines zones du cerveau change.

Vue de l’extérieur, une personne en état hypnotique peut sembler endormie. Elle ne dort pas. L’article cité plus haut décrit plus en détail ces ondes, et un autre état modifié de conscience, celui que provoquent le choc et la confusion.

Le cerveau n’est pas conçu pour effacer

J’aime dire que, pour apprendre, votre cerveau ne sait faire qu’une seule chose, et il la fait très bien : créer de nouvelles connexions entre ses neurones. Chaque fois que vous apprenez ou mémorisez quelque chose, il crée des connexions, et vous vous en souvenez parce qu’elles ont duré. Quand vous avez appris à marcher, il en a créé des milliards, pour que vous puissiez contrôler votre équilibre, vos jambes, votre corps tout entier. Cet ensemble de connexions forme un schéma neurologique.

Tout changement est un apprentissage. Changer une habitude, c’est apprendre une habitude nouvelle. Changer sa réaction à une situation, c’est apprendre une nouvelle façon de réagir.

Il m’arrive qu’une personne me demande, en séance : « Avec l’hypnose, vous pouvez effacer ceci, enlever cela ? » Le cerveau n’est pas conçu pour effacer, avec ou sans hypnose. Il peut parfois oublier de manière indirecte, comme si un voile recouvrait certains souvenirs. Ce qui est caché n’a pas disparu pour autant : si quelque chose nous affecte encore, nous amène à réagir d’une certaine manière ou à ressentir certaines émotions, c’est que le schéma est toujours là.

La bonne nouvelle, c’est que notre cerveau garde la capacité d’apprendre quelque chose de nouveau.

On ne peut pas enlever l’obscurité

J’aime prendre l’exemple de l’obscurité. Existe-t-il un moyen d’effacer l’obscurité, de l’enlever ? Il n’existe aucun aspirateur à nuit. Et pourtant, nous ne souffrons pas de l’obscurité, parce qu’il est toujours possible d’y ajouter de la lumière.

Dans notre cerveau, c’est exactement pareil. On ne peut pas effacer, ni enlever, ni détruire. Et il est possible d’ajouter quelque chose de plus, qui nous permet de vivre, de faire et de ressentir ce que nous avons envie de vivre, de faire et de ressentir.

Ce que montre un AVC

Après un accident vasculaire cérébral ou un traumatisme crânien, une zone du cerveau peut cesser de fonctionner. Si c’est celle qui commande le bras gauche, le bras ne bouge plus. Pourtant, avec une rééducation adaptée, le cerveau utilise les zones qui entourent la lésion pour recréer les connexions perdues, et la personne retrouve souvent une partie de ses capacités, parfois toutes.

La magie, la vraie, est là : dans la capacité de notre cerveau à se remodeler, à créer constamment de nouvelles connexions. Ce n’est pas l’hypnose qui est magique. L’état hypnotique facilite cet apprentissage, et c’est ce qui fait de l’hypnose un outil de changement.

Avant le travail hypnotique, comprendre comment

Pour moi, l’efficacité de l’hypnose dépend avant tout de la capacité de l’hypnothérapeute à construire une séance sur mesure, adaptée à la personne accompagnée. Un texte écrit d’avance, lu de la même manière à chaque personne, ne peut pas tenir compte de ce qu’elle vit. Mon expérience m’a appris que plus une séance est précise, ajustée aux besoins et aux particularités de la personne, plus elle a de chances de l’aider à vivre un changement profond. Il y a là un travail d’orfèvre.

Voilà pourquoi, après l’accueil, toute séance passe pour moi par un questionnement. Mon intention est de comprendre comment la personne vit les choses, comment elle pense, comment elle se souvient de son passé, comment elle imagine le futur. Je ne lui demande pas pourquoi elle a peur. Le « comment » me permet de découvrir ce qui est déjà présent dans son esprit, et ce qui lui manque : dans ses représentations, dans ses perceptions, dans sa manière d’interpréter les choses. Ce questionnement phénoménologique est l’un des piliers de ma pratique, et je l’enseigne dans la formation intitulée « Questionnement phénoménologique ».

Ce qui manque à une personne qui a peur du vide

Une personne qui vit avec la phobie du vide n’a pas de défaut. Il lui manque quelque chose. Face au vide, qu’elle le perçoive réellement ou qu’elle l’imagine, son cerveau ne connaît qu’une association : vide égale danger, voire danger de mort. Il est donc tout à fait légitime qu’il déclenche un signal d’alarme, et ce signal s’appelle une phobie.

Je n’efface pas cette phobie. Le vide est dangereux, et il est utile que la personne continue à le savoir. On conserve cette idée, et on l’enrichit. On aide son cerveau à associer au vide autre chose que le seul danger de mort : un appel à la prudence, à la stabilité, au contrôle de soi. Rassuré par cette nouvelle association, le cerveau peut relâcher l’alarme.

Je n’ai pas la phobie du vide. Près de chez moi, il y a un magnifique cirque rocheux, le Creux du Van, et quand je marche le long de ses falaises, je ressens une appréhension. Cette peur est utile : elle me rend prudent. Et en même temps, j’ai confiance dans ma capacité à contrôler mes jambes, mes mouvements, la distance que je mets entre le vide et moi. C’est cette confiance qui calme la peur, sans l’effacer.

Puis le travail hypnotique

Une fois que j’ai compris ce dont la personne a besoin, le travail hypnotique commence. Par ma communication, je l’accompagne d’abord vers l’état hypnotique : c’est l’induction. Puis viennent les suggestions, ce que je propose à son cerveau pour l’inviter à apprendre ce dont il a besoin. Les suggestions post-hypnotiques tissent ensuite des liens entre ce qui est vécu pendant la séance et le futur de la personne, pour qu’elle puisse réutiliser dans sa vie ce qu’elle a appris. Enfin, je laisse au cerveau le temps d’intégrer l’expérience, avant que la personne revienne ici et maintenant.

Vivre une expérience plutôt qu’entendre une affirmation

Combien de personnes sont venues me voir en me disant : « J’ai déjà fait de l’hypnose, et ça n’a pas marché avec moi » ? Je leur demande ce qu’elles entendaient comme suggestion durant leurs séances, et j’entends souvent des affirmations : « Vous avez confiance en vous. Vous êtes capable. La fumée vous dégoûte, vous êtes non-fumeur. » Ces phrases conviennent à certaines personnes. Chez beaucoup d’autres, le cerveau les entend et reste passif : il se demande tout au plus s’il y croit. Il ne se passe pas grand-chose, parce qu’il n’a rien vécu.

Pour apprendre, le cerveau a besoin de vivre une expérience. Et dans l’état hypnotique, il fait beaucoup moins la distinction entre ce qu’il imagine et ce qu’il vit.

Le cinéma, le plus grand hypnotiseur

Je dis souvent que le cinéma est le plus grand hypnotiseur de tous les temps. Pendant une course-poursuite, le réalisateur place la caméra de façon à ce que vous ayez l’impression d’être au volant. Soudain, un camion surgit en face. Que faites-vous ? Votre pied droit bouge, comme pour freiner. Vous êtes assis dans une salle de cinéma, en sécurité, et votre cerveau l’a oublié un instant. Il est entré dans l’expérience du film.

Personne n’a eu besoin de vous répéter « vous êtes au volant, vous êtes capable de freiner ». Vous l’avez vécu, et c’est parce que vous l’avez vécu qu’il s’est passé quelque chose. Une séance d’hypnose repose sur ce même principe.

On apprend en participant

Je forme des adultes depuis 1996, et je l’observe à chaque formation : une personne qui participe, qui expérimente, qui se pose des questions, apprend bien plus qu’une personne qui écoute passivement. La recherche en pédagogie va dans le même sens. En 2014, l’équipe du biologiste Scott Freeman, à l’université de Washington, a réuni 225 études menées dans l’enseignement des sciences à l’université : les étudiantes et étudiants qui participent activement à leur apprentissage réussissent en moyenne mieux leurs examens, et échouent moins souvent, que celles et ceux qui suivent un cours magistral.

Une suggestion hypnotique fonctionne de la même manière. Elle stimule l’imaginaire, elle invite le cerveau à vivre une expérience, à en être l’acteur.

Ce qu’Erickson a changé

L’hypnose classique

Dans ses premiers temps, l’hypnose était directive : « Votre corps devient lourd. Vos paupières sont impossibles à ouvrir. » On la croyait alors un peu paranormale, réservée à certaines personnes particulièrement réceptives, et l’on a longtemps cherché à mesurer cette réceptivité.

Avec le recul, je considère ces personnes réceptives comme celles qui savent naturellement transformer une affirmation en expérience. Quand on leur dit « vous ressentez ceci », elles le créent dans leur esprit, et elles le vivent. D’autres, et je crois qu’elles sont aujourd’hui les plus nombreuses, vivent une suggestion très directe comme une injonction. Elles cherchent alors, sans même le décider, à préserver leur autonomie, leur sécurité, leur liberté. C’est ce qui a fait dire que certaines personnes étaient hypnotisables, et d’autres non.

Milton H. Erickson

Milton H. Erickson, psychiatre américain, a vécu une expérience qui a tout changé pour lui. En 1919, à dix-sept ans, il contracte la poliomyélite et se retrouve presque entièrement paralysé. Il réapprend alors, seul et de façon intuitive, à contrôler son corps, à parler, puis à marcher. Ce n’est que plus tard, pendant ses études à l’université du Wisconsin, qu’il étudie l’hypnose et qu’il comprend ce qu’il avait fait : de l’autohypnose.

Il en tire une conviction : l’état hypnotique est un état naturel, et toute personne peut y entrer, pour autant que la praticienne ou le praticien sache s’adapter à elle. J’ai la même conviction : tout le monde est hypnotisable, et plus de vingt ans de pratique m’en ont donné la preuve.

Des questions plutôt que des affirmations

Erickson a développé une autre manière de communiquer, que l’on appelle les suggestions indirectes. Il ne s’agit plus de convaincre la personne, mais de stimuler son cerveau pour qu’il devienne le créateur de l’expérience.

Concrètement, on remplace les affirmations par des questions, fermées ou, mieux encore, ouvertes. « Comment savez-vous que vous avez confiance en vous ? » « Quelles sensations vous indiquent que quelque chose est en train de changer ? » Quand votre cerveau entend une question, il cherche spontanément la réponse. Pour la trouver, il imagine, il se représente quelque chose, il entre dans l’expérience. Je n’ai pas besoin de lui dire ce qu’il imagine, pense ou ressent : il le crée lui-même.

Le corps, une ressource à part entière

En hypnose ericksonienne, l’être humain tout entier est une ressource : son imaginaire, sa créativité, et son corps. Le corps n’est pas seulement invité à se relâcher : ses sensations, ses mouvements, sa posture deviennent des appuis pour l’expérience.

L’esprit et le corps forment un ensemble. Quand vous impliquez votre corps, quand vous jouez avec lui, quand vous l’habitez, vous aidez votre esprit, de la même manière que votre esprit agit sur votre corps.

Un inconscient qui en sait plus que nous

Erickson aimait répéter que nous en savons inconsciemment bien plus que ce que nous croyons savoir consciemment. Son inconscient n’est pas celui de Freud. C’est une forme d’intelligence, de créativité intérieure, de spontanéité, qui ne se limite pas à l’esprit. Il arrive que le corps nous donne un signal, une intuition, sans que nous sachions l’expliquer. C’est aussi cela, l’inconscient.

Cette créativité n’a rien d’artistique. C’est la capacité de notre cerveau à inventer, à rêver, à imaginer, à se représenter les choses d’une manière nouvelle. L’hypnose ericksonienne s’appuie sur elle à chaque instant. Je crois profondément que toutes les ressources sont dans la personne qui est en face de moi. Mon rôle est de les éveiller, pour qu’elle puisse vivre le changement qu’elle souhaite vivre.

Apprendre en pratiquant

J’aime comparer l’hypnose au saxophone, mon instrument. Je pourrais vous expliquer pendant des heures comment placer vos doigts, comment souffler. Vous n’en joueriez pas pour autant. Le seul moyen d’apprendre un instrument, c’est de pratiquer, et il en va de même pour l’hypnose ericksonienne.

Cet article vous en donne les bases théoriques. La formation intitulée « Les bases de l’hypnose ericksonienne » vous permet, pendant deux jours, de les vivre : entrer dans l’état hypnotique, y guider une autre personne, formuler vos premières suggestions. La vidéo dont cet article est issu est aussi disponible sur YouTube.

Votre cerveau crée de nouvelles connexions à chaque instant, pendant que vous lisez ces lignes. Quelle expérience aimeriez-vous lui offrir pour apprendre ce dont vous avez besoin ?

Sources

  1. Scott Freeman et al., « Active learning increases student performance in science, engineering, and mathematics », Proceedings of the National Academy of Sciences, vol. 111, n° 23, 2014, p. 8410-8415

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