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Institut d’Hypnose Thérapeutique

Pratique professionnelle

Hypnose et coaching : quand une part de la personne ne peut pas

Denis Jaccard · jeudi 11 janvier 2024 · mis à jour le jeudi 22 octobre 2026 · 6 min de lecture

J’ai été coach avant d’être hypnothérapeute. Je partage avec les coachs ce que l’hypnose ericksonienne m’a appris des blocages : reconnaître la part qui ne peut pas changer, et gagner sa confiance.

« Au moment de m’y mettre, j’ai pensé à ma déclaration d’impôts. Puis au ménage. Puis à un courriel auquel je n’avais pas répondu. » Combien de fois ai-je entendu cette phrase, ou une phrase proche, à la deuxième ou à la troisième séance ! La personne avait très envie de consacrer du temps à la méditation, à la musique, à se préparer des repas plus sains. Le temps était là. Et quelque chose l’a emmenée ailleurs.

Si vous êtes coach, vous connaissez sans doute ce moment. Je l’ai connu moi aussi, et c’est lui qui m’a conduit à l’hypnose ericksonienne. Vous vous demandez peut-être ce qu’elle peut apporter à votre pratique. C’est la question que je me suis posée.

Un coach qui avait tout appris

J’accompagne des personnes depuis 2001, d’abord en coaching, puis en hypnothérapie. Je venais de terminer ma formation de coach professionnel chez Coaching de Gestion et mon diplôme de maître praticien en PNL à l’Institut Ressources. J’étais confiant : j’avais la certitude de disposer de tout ce dont j’avais besoin pour accompagner mes clients.

En octobre 2003, j’ai lancé les « Café Coach » à Neuchâtel. Mon idée était d’amener le coaching et le développement personnel au café. Plusieurs personnes ont ensuite souhaité me consulter en privé, et je suis devenu coach de vie, moi qui m’imaginais plutôt accompagner des entreprises.

Je faisais ce que j’avais appris : un objectif précis, réaliste, qui dépendait de la personne, un plan d’action planifié dans le temps, des questions qui éveillaient l’envie et aidaient à se projeter dans la réussite. J’ai raconté dans l’article « Être son meilleur allié face à ses saboteurs intérieurs » ce qui se passait ensuite : souvent, la personne revenait sans avoir avancé. J’avais l’impression de tout faire juste. Et à l’issue de ces séances, le sentiment d’échec de la personne m’habitait moi aussi.

Je me suis alors souvenu que ma formation en PNL parlait de Milton Erickson. La PNL est née en partie de l’observation de son travail : j’avais déjà des repères. En me formant à l’hypnose ericksonienne, j’ai découvert bien plus que des techniques. Une manière nouvelle d’accueillir ce qui s’oppose au changement.

Ce que j’appelais des résistances

À l’époque, quand une personne me décrivait un blocage, je l’interprétais comme une résistance au changement. Et je cherchais à lutter contre. Auprès de Stephen Gilligan, d’Ernest L. Rossi et de Bill O’Hanlon, d’anciens élèves de Milton Erickson, j’ai appris à lui donner un autre sens. Ce que j’appelais une résistance est une part de la personne qui cherche à se protéger. Et plus on lutte contre elle, plus elle résiste.

Une part qui veut, une part qui ne peut pas

Aujourd’hui, quand une personne me décrit le changement qu’elle souhaite vivre, j’écoute d’abord la part d’elle qui le veut. C’est elle qui a envie de s’alimenter plus sainement, de communiquer plus librement, de moins stresser et de mieux profiter de la vie. C’est elle, symboliquement, qui a pris le téléphone pour m’appeler. Cette part-là est déjà acquise.

En même temps, il y a une autre part. Ce n’est pas qu’elle ne veut pas changer : elle ne peut pas. Pour elle, le changement est synonyme de danger, ou de perte, et parfois des deux à la fois. Personne n’a envie de se mettre en danger, ni de perdre ce qui a de l’importance. Avec cette paire de lunettes, résister au changement est logique. C’est même naturel.

Trois manières de dire « je ne peux pas »

Cette part ne dit pas « j’ai peur de changer ». Elle s’exprime autrement, et j’ai appris à reconnaître trois manières.

Quand une part de la personne ne peut pas encore changer. Elle vit le changement comme un danger ou une perte. Elle s’exprime par une émotion : la peur, l’appréhension, la tristesse, la colère, l’angoisse. Un comportement : l’évitement, la procrastination. Une pensée : « Est-ce vraiment important pour toi ? »

Une émotion. La personne décrit une peur, une appréhension, une tristesse, une colère, une angoisse. Elle ne sait pas toujours d’où elle vient. Elle sent comme une force à l’intérieur, quelque chose qui la fige.

Un comportement. L’évitement, la procrastination : la déclaration d’impôts, le ménage, le courriel qui devient urgent. Sans en avoir conscience, la personne s’arrange pour trouver autre chose à faire, et elle a l’impression de se saboter.

Une pensée. De retour dans sa vie quotidienne, une petite voix remet tout en question : « Est-ce vraiment important pour toi ? Tu crois vraiment que tu en es capable ? » Le travail fait pendant la séance semble ne plus tenir.

Pour une ou un coach, ces trois signes sont précieux. Ils ne disent pas que l’objectif était mal formulé, ni que le plan était mauvais. Ils disent qu’une part de la personne a besoin d’être rencontrée.

Gagner la confiance de la part qui ne peut pas

C’est là que l’hypnose ericksonienne a changé ma pratique. Je ne cherche plus seulement à renforcer la part qui veut. Je vais à la rencontre de celle qui ne peut pas : je l’accueille, je l’écoute, je la respecte, pour tisser avec elle une alliance. Le premier défi est qu’elle puisse me faire confiance.

Pour gagner sa confiance, je cherche à comprendre comment elle vit les choses : comment elle pense, comment elle envisage le changement, comment elle se perçoit. C’est ce que j’appelle le questionnement phénoménologique, du nom d’un courant de la philosophie qui étudie la manière dont nous faisons l’expérience de la vie. Ici, on ne questionne pas la personne dans sa totalité. On questionne cette part. Je l’enseigne dans le postgrade intitulé « Questionnement phénoménologique ».

Une fois que j’ai compris sa paire de lunettes, je peux l’aider à l’enrichir. Tant que le changement signifie seulement un danger ou une perte, elle s’y oppose. Si elle peut le percevoir comme un danger et une opportunité, comme une perte et un gain, quelque chose bouge. Tout tient dans ce « et ». Le changement ne sera pas forcément simple, et il devient possible de s’y engager. Les deux parts cessent de s’opposer : elles collaborent.

L’état hypnotique y contribue. Pour moi, c’est un état naturel d’apprentissage et de créativité, qui aide cette part à se faire une représentation plus vaste du changement. C’est ma conviction de praticien.

Ce que le coaching garde

Je n’ai pas cessé d’être coach. Selon la demande, je travaille encore avec les principes du coaching : un objectif, un chemin, des questions qui ouvrent. L’hypnose ne les remplace pas. Elle me donne une manière d’accueillir ce qui, chez la personne, ne peut pas encore suivre. J’en parle aussi dans une vidéo destinée aux coachs.

S’initier à l’hypnose est utile à toute personne dont le métier passe par la parole, et le coaching en fait partie. Si vous êtes coach et que cette manière d’accompagner vous parle, la formation intitulée « Les bases de l’hypnose ericksonienne » est une première étape. Elle peut se prolonger par la formation intitulée « Praticien certifié en hypnothérapie ericksonienne », qui vous apprend à construire une séance sur mesure. Plusieurs coachs ont suivi des formations à l’IHT, et vous pouvez lire leurs témoignages. En 2027, la formation d’hypnothérapeute que j’anime depuis 2007 fête ses 20 ans.

La prochaine fois qu’une personne reviendra sans avoir avancé, quelle part d’elle aura besoin que vous l’écoutiez ?

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