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Institut d’Hypnose Thérapeutique

Développement personnel

La créativité s’entraîne : se réinventer face au changement

Denis Jaccard · jeudi 16 juin 2016 · mis à jour le jeudi 22 octobre 2026 · 8 min de lecture

La créativité n’est pas réservée aux artistes. Dans cet article, tiré de ma conférence de Strasbourg, je partage trois manières de l’entraîner, et ce que l’état hypnotique peut lui offrir quand la vie oblige à se réinventer.

« Moi, je ne suis pas du tout créative. Je ne sais ni écrire, ni dessiner, ni peindre. » Chaque fois que je parle de créativité, j’entends cette phrase, au féminin comme au masculin. Comme si la créativité ne pouvait s’exprimer que dans une œuvre d’art.

Pensez à une fleur qui pousse. Elle s’élève vers la lumière. Un jour, elle rencontre un caillou, une plaque de goudron, et ne peut plus pousser tout droit. Alors elle contourne l’obstacle et trouve un autre chemin vers le soleil. Elle n’a ni cerveau, ni système nerveux, et pourtant, face à l’épreuve, elle fait preuve de créativité.

C’est de cette créativité-là que j’ai parlé un soir de mai 2016, lors d’une conférence à Strasbourg : celle dont nous avons besoin pour traverser les épreuves de la vie. Ma conviction n’a pas changé depuis : cette créativité n’est pas un don, elle s’entraîne.

Quand le chemin habituel devient impossible

La vie peut être belle comme elle peut être terrible, et elle nous met parfois face à des situations auxquelles rien ne nous a préparés : un licenciement, une séparation, un deuil, ou une excellente nouvelle, comme la naissance d’un enfant. Dans tous les cas, la façon de vivre d’avant devient impossible.

Le mythologue américain Joseph Campbell a décrit, dans les histoires racontées sur tous les continents, une même structure, le voyage du héros, où l’événement qui bouleverse tout est un appel à partir en voyage. J’en raconte les étapes dans l’article « Réinventer sa vie quand le changement bouleverse tout ». Ici, je m’arrête sur la ressource dont ce voyage a le plus besoin.

À l’époque où j’étais informaticien, aux débuts de la micro-informatique, un candidat à ma succession commençait sa lettre de motivation en écrivant qu’il était pupitreur et qu’il entendait le rester. Son métier, faire fonctionner les grands ordinateurs qui occupaient une salle entière, était en train de disparaître. Ce qui a été une solution pendant des années peut devenir un problème, non parce que c’était faux, mais parce que le contexte a changé.

Il en va de même dans nos liens les plus proches : quand le Noël de famille ne peut plus se fêter comme avant, on peut se priver de la fête, ou réinventer une manière de la vivre. La réponse ne se trouve dans aucun livre, c’est à nous de la créer. Plutôt que de lutter contre ce qui ne fonctionne plus, il s’agit d’inventer ce qui n’existe pas encore, une idée que je développe dans l’article « Créer plutôt que lutter : l’approche neuro-créative ».

On crée toujours à partir de ce qui existe

Créer, ce n’est pas faire naître quelque chose à partir de rien : la musique me l’a appris. Le rock a pris un peu de blues, un peu d’autre chose, et il les a assemblés autrement. Le rap a repris la soul et le funk. Même les Beatles, qui semblent avoir tout inventé, ont réassemblé ce qu’ils avaient entendu. Toute création est un assemblage nouveau.

Je l’ai compris un jour à Barcelone, à la Fondation Miró. Pour le néophyte que je suis en peinture, Miró, c’étaient de grandes toiles blanches, quelques traits de couleur, un cercle noir. Dans les salles, j’ai découvert des paysages, des natures mortes, des portraits, peints bien avant ces toiles que l’on reconnaît tout de suite. Il avait intégré toutes les techniques, et c’est de là qu’il a tiré cette simplicité qui n’appartient qu’à lui.

Cela m’a rappelé une soirée dans un petit club de jazz. J’avais une vingtaine d’années, je rêvais de devenir saxophoniste professionnel, et à la fin du premier set, j’étais fier d’avoir aligné des notes à une vitesse folle. Au bar, un homme s’est approché. Il m’a dit que je ne jouais pas mal, et que le jour où je saurais mettre tout ce que je voulais raconter dans une seule note, j’aurais compris ce qu’est la musique.

Sur le moment, il m’a profondément agacé. Il m’a fallu des années pour comprendre que la technique est au service de quelque chose de plus grand : l’émotion que l’on transmet, l’histoire que l’on raconte. Et pour y arriver, on a d’abord besoin de se remplir de tout ce qui existe. Les écoles de jazz le répètent : écoutez, écoutez encore, y compris ce qui ne vous plaît pas.

Trois manières d’entraîner sa créativité

Votre cerveau sait assembler. Il a besoin de matériaux, et d’occasions d’essayer : j’en retiens trois manières de les lui offrir.

La curiosité

Les enfants le montrent : le jour où ils découvrent que chez leur copine ou leur copain, on ne fait pas comme à la maison, ils multiplient les modèles et construisent leur propre manière d’être. Avec un seul modèle, on copie. Avec plusieurs, le cerveau prend une pièce ici, une autre là, et assemble sa propre solution.

Quand une personne que j’accompagne manque de repères, il m’arrive de lui proposer de lire plusieurs biographies de personnes qui ont traversé une épreuve semblable. Elle découvre qu’elle n’est pas seule, et que chacune a trouvé son propre chemin.

L’expérimentation

La seule façon de savoir si une idée fonctionne, c’est de l’essayer. Prenez les tout-petits qui apprennent à marcher. Ils se lèvent, ils tombent, ils se relèvent. Quand ils tombent sur le gravier, ils pleurent, cherchent du réconfort, hésitent parfois quelques jours, puis recommencent. Un jour, ils découvrent la descente, où les jambes ne suivent plus : une autre facette de la marche, qu’ils apprennent en l’expérimentant. Au début, c’est parfaitement imparfait, et c’est ainsi que l’on apprend.

L’éveil des sens

La curiosité passe par nos sens, et nous vivons pourtant souvent dans notre tête. Demain, en sortant de chez vous, prêtez attention aux sons de la rue, aux odeurs, à la lumière. À midi, commandez un plat que vous n’avez jamais goûté. Il ne vous plaira peut-être pas : votre cerveau aura tout de même reçu une matière nouvelle, et c’est avec elle qu’il crée.

L’état hypnotique, un terrain propice

Les meilleures idées viennent rarement quand on les cherche. On réfléchit depuis une heure, on abandonne, on part marcher, et la solution arrive en chemin, dans le bain, au moment de s’endormir. Une idée chère à Milton Erickson m’accompagne depuis longtemps : quand le conscient atteint une limite, cela laisse une chance à ce qui est en dehors du champ de conscience d’éveiller la curiosité et la créativité.

Pour moi, ces moments où l’esprit flotte sont des états hypnotiques légers et spontanés. Je crois aussi que l’état hypnotique agit comme un catalyseur de la capacité du cerveau à se réorganiser et à apprendre. Il ne crée pas la solution à la place de la personne, il lui offre un espace pour la créer.

Laisser au changement le temps de s’intégrer

À l’automne, l’arbre perd ses feuilles une à une. À sa place, on pourrait vivre cela comme une catastrophe. Pourtant, les feuilles tombées nourrissent la terre, qui lui donnera au printemps la force de nouvelles feuilles. Pour que quelque chose de nouveau naisse, une part de ce qui existait avant a besoin de mourir, et cela nous fait peur.

Combien de personnes m’ont dit avoir tout compris de ce qui les faisait souffrir, et répéter pourtant les mêmes schémas ? Le changement compris dans la tête a besoin de s’intégrer dans le corps et dans les habitudes. C’est souvent après l’épreuve la plus difficile que le chemin est le plus fragile. Une personne qui ne fume plus depuis dix jours a traversé le plus dur, et c’est justement là qu’elle peut se dire qu’une cigarette ne lui fera pas de mal. Deux qualités accompagnent ce moment, la patience et la vigilance.

Pour les praticiennes et praticiens

Le voyage du héros a transformé ma manière d’accompagner. Pendant longtemps, j’ai surtout considéré, chez la personne qui venait me consulter, ce qui ne fonctionnait pas. Depuis que je le connais, j’accueille une héroïne ou un héros, qui a eu le courage de répondre à l’appel en prenant son téléphone, et qui a besoin, pour un temps, d’aide pour retrouver son chemin. Je fais, moi aussi, mon propre voyage, et c’est parce que je ne suis pas impliqué dans le sien que je peux lui tendre un miroir. Je me considère moins comme un thérapeute qui a la solution que comme un vieux mentor qui écoute et raconte des histoires, pour éveiller ses ressources. C’est elle qui crée sa solution, et c’est aussi elle qui sait si elle se sent respectée, libre, et si elle peut co-créer ce voyage.

Si vous accompagnez des personnes, le voyage du héros est l’un des trois modèles pour construire une histoire dans le postgrade intitulé « Métaphore & Créativité ». Il part d’une conviction : la créativité se développe. La conférence de Strasbourg dont cet article est issu, « Voyage du héros & créativité », est disponible sur YouTube.

J’avais terminé cette soirée par des poèmes. L’un d’eux disait : « Dénicher le possible dans l’impossible. » Et vous, quel chemin votre créativité est-elle en train d’inventer ?

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