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Institut d’Hypnose Thérapeutique

Développement personnel

État d’excellence et état de flow : un art de l’instant

Denis Jaccard · mercredi 21 août 2013 · mis à jour le mercredi 21 octobre 2026 · 8 min de lecture

De l’état d’excellence à l’état de flow : ce que la musique, l’art et la séance d’hypnose ont en commun, comment favoriser cet état, ce qui en fait sortir, et où le rencontrer dans votre vie.

La personne vient de répondre à ma question, et rien ne vient. Pas une idée, pas la question suivante. Alors je lui dis : « J’ai besoin de quelques instants pour réfléchir à la situation. » Je ne lui dis pas que je suis perdu. Je prends ce temps, je respire, et j’attends.

Au début de ma pratique, je faisais l’inverse : j’analysais, je mettais plus de volonté, et plus je cherchais, plus je me crispais. Il m’a fallu des années pour comprendre ce que je perdais, un état que je connaissais pourtant en musique comme en séance. L’état de flow.

J’ai écrit une première version de cet article en 2013. Je n’aurais pas su, alors, décrire les choses comme aujourd’hui.

De l’état d’excellence à l’état de flow

Pour moi, le chemin vers cet état commence par l’état d’excellence, où l’esprit est concentré et le corps souple. L’esprit est focalisé sur une intention. Le corps n’est pas relâché, il est tonique et souple, prêt au mouvement. L’un influence l’autre, et je l’observe chaque jour : quand le corps se tend, les idées nouvelles se font plus rares. Être concentré ne veut pas dire être crispé.

Quand cet état s’approfondit, on entre dans l’état de flow. On en oublie le monde extérieur, on perd la notion du temps, l’attention est tout entière à ce que l’on fait. Le psychologue Mihály Csíkszentmihályi, qui l’a décrit, parle d’une expérience qui trouve sa récompense en elle-même : faire ce que l’on fait suffit. Il précise que ces moments ne sont pas forcément agréables sur l’instant, et que c’est à la longue qu’ils laissent une satisfaction profonde.

Que l’état d’excellence soit la première étape du flow, c’est ma lecture de praticien. Que le flow soit un état modifié de conscience, de la même famille que l’état hypnotique tel que je le pratique, c’est ma conviction. J’en parle dans l’article « Hypnose ou méditation : quelle différence ? ».

De l’état d’excellence à l’état de flow : l’état d’excellence, l’esprit est concentré, le corps souple ; quand cet état s’approfondit, l’état de flow, l’attention est tout entière à ce que l’on fait, le temps et le monde extérieur s’effacent

Un état qui se favorise

Quand je joue du saxophone, je ne commande pas cet état. J’ai découvert avec le temps des chemins qui le rendent plus probable. Méditer chaque jour m’aide à rassembler mon esprit. Je me concentre sur l’histoire que je cherche à raconter en improvisant, je laisse mon corps ouvert, et j’essaie de ne pas trop réfléchir à ce que je joue. Quand le son, le souffle et la musique ne font plus qu’un, je sais que j’y suis : je ne pense presque plus, et le temps s’efface.

Le flow, c’est le courant d’une rivière : tant que je me laisse porter, je ne fais pas d’efforts. Je sais que j’en suis sorti quand la volonté revient. J’ai moins d’idées, mon esprit repart vers le passé ou le futur, des tensions apparaissent dans mon corps. Un bruit, une notification peuvent m’en faire sortir. Le plus souvent, c’est l’esprit qui s’agite à nouveau, avec ses doutes et ses peurs.

Il y a des jours où l’on y entre, et d’autres non. C’est pour cette raison que les bases comptent : elles assurent une bonne séance, même quand elle n’est pas mémorable. Et quand rien ne vient, j’ai appris à ralentir, à m’offrir un silence, à relâcher mon corps, et à accepter de ne plus savoir. Très souvent, une question me vient alors, une suggestion ou une métaphore, sans que je l’aie cherchée.

Une séance, une œuvre créée à deux

Quand une séance commence, je ne sais pas ce que la personne va me dire, ni ce qui s’est passé pour elle depuis la dernière fois. C’est pour cela que j’ai construit un cadre, le modèle stratégique d’intervention : il structure la séance, et c’est lui qui me laisse la liberté d’écouter mon intuition. La personne m’apporte ce qu’elle vit, je lui pose des questions, je lui offre des suggestions, et nous créons ensemble la séance. Même si le mot peut paraître fort, c’est pour moi une œuvre d’art que l’on crée à deux.

Un musicien travaille sa technique pour la mettre au service de l’improvisation, et une séance ressemble à ce moment sur scène. Quand je suis absorbé au point d’en oublier le temps, je suis en lien avec la personne, avec mon analyse et avec mon intuition. Une idée jaillit, comme une lumière qui s’allume.

La personne vit aussi quelque chose de cet ordre. William Stukeley, qui tenait l’anecdote de Newton lui-même, raconte que l’idée de la gravitation est venue à Isaac Newton à la chute d’une pomme, alors qu’il était assis dans une humeur contemplative. J’imagine Newton à la fois ici et ailleurs, dans un état hypnotique léger, et son cerveau faisant des associations que sa volonté n’aurait peut-être pas faites. Ce n’est qu’une supposition. Ce que j’observe en séance depuis 2003 va dans ce sens : l’état hypnotique favorise ces associations spontanées. Je développe cette idée dans l’article « La créativité s’entraîne : se réinventer face au changement ».

L’art, un langage qui touche

Dans une galerie, certains tableaux m’émeuvent, d’autres me laissent indifférent. L’art transmet une émotion. En séance aussi, le mouvement vient le plus souvent d’une émotion. Je le dis souvent aux personnes que je forme : une séance où l’on a pleuré et ri est généralement une bonne séance. On y a touché quelque chose de profondément humain.

Lus avec la seule raison, certains vers semblent abstraits. Quand on entre dans le poème, ces mots posés comme des touches de couleur s’assemblent, et une émotion naît. Un poème parle à ce qui est conscient en nous comme à ce qui est en dehors de notre champ de conscience. Et il n’a pas besoin d’être parfait. Je pense même qu’une œuvre parfaite émeut peu : c’est la fêlure, un déséquilibre qui apparaît là où tout semblait tenu, qui fait que quelque chose se passe.

En séance, cela ressemble au moment où la personne ne joue plus un rôle. Elle accepte d’être touchée, de parler de ses doutes, de ses peurs, de ses hontes. Ce n’est pas une faiblesse, c’est ce qui fait de nous des êtres humains. Tant que l’on veut être sans fêlure, on lutte contre soi, et le changement s’installe mal. Quand on accueille ces parts de soi, il devient plus facile. Le pinceau de l’hypnothérapeute, c’est la communication, l’échange, l’observation, la relation. L’hypnose est un art de la communication.

Une musique, un poème, le corps

J’utilise rarement la musique en séance, et jamais en fond sonore : quand je le fais, elle raconte une histoire, comme une métaphore. Il m’arrive de lire un poème, en entier ou par fragments, glissé dans une anecdote ou dans mes suggestions. Et j’utilise beaucoup les analogies, ces images qui parlent de quelque chose de manière indirecte.

Je me souviens d’un homme que j’ai accompagné il y a de nombreuses années. Il repoussait depuis longtemps une décision de vie. Raisonnablement, il savait laquelle prendre, nous avions même pesé le pour et le contre. Il n’y arrivait pas. À la fin d’une séance, je lui ai lu le poème de Mary Oliver « Le voyage ». On y sait que l’on doit partir, on franchit le seuil malgré tout, on traverse une tempête, et l’on reconnaît peu à peu une voix nouvelle comme la sienne. À la séance suivante, il avait pris sa décision.

Le corps, lui, est présent dans chacune de mes séances. J’ai fait une grande partie de ma formation avec Stephen Gilligan, pratiquant d’aïkido, qui a beaucoup exploré ce corps tonique et souple. Nos émotions s’expriment souvent à travers lui : j’invite la personne à bouger ses mains, ses doigts, à prêter attention à ses sensations. Ce sont autant d’informations précieuses.

L’équilibre du Sanddornbalance

Une participante à l’une de mes formations m’a fait découvrir le Sanddornbalance, un art où des pièces s’assemblent une à une jusqu’à tenir dans un équilibre d’une grande subtilité. Une vidéo le montre. Pour moi, c’est l’illustration de l’état d’excellence et du flow : cet équilibre demande une présence totale, attentive au plus petit déséquilibre.

C’est aussi une métaphore de ma manière de concevoir le changement, comme un apprentissage. On n’y retire rien, on ajoute, et chaque pièce trouve sa place. On utilise ce qui est plutôt que de lutter contre, c’est le principe d’utilisation d’Erickson ; on ajoute ce qui complète, c’est la complémentarité ; et l’on s’oriente vers la solution.

Le flow dans votre vie

Nul besoin de jouer d’un instrument pour vivre cet état. Vous pouvez le rencontrer en marchant, attentive ou attentif à vos pas et aux sons alentour. En lisant un livre si captivant que la fin importe moins que la lecture. En cuisinant, en faisant un puzzle ou en dessinant un mandala. Ce qui compte, c’est de trouver ce qui vous anime.

Les notifications et l’idée de devoir sans cesse produire nous éloignent de l’instant. Il ne s’agit pas de vivre en flow à chaque instant. Offrir à votre esprit et à votre corps des moments comme ceux-là, c’est les garder vivants, plus souples, plus créatifs face à ce qui change.

Pour les praticiennes et praticiens

Vivre soi-même l’état d’excellence pour conduire ses séances avec souplesse, aider une personne à le retrouver au moment où elle en a besoin : c’est ce que j’enseigne dans la spécialisation intitulée « Préparation mentale ». Le postgrade intitulé « Métaphore & Créativité » vous apprend à construire les histoires et les analogies qui touchent.

Et vous, dans quels moments le temps s’efface-t-il pour vous ?

Sources

  1. Mihály Csíkszentmihályi, « Flow: The Psychology of Optimal Experience », New York, Harper & Row, 1990 ; traduction française : « Vivre : la psychologie du bonheur », Paris, Pocket, coll. « Évolution », 2005

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